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vendredi 16 octobre 2009

Poussières d’étoile

Sunshine

Réalisation : Danny Boyle

Scénario : Alex Garland

Interprétation : Cillian Murphy (Capa), Chris « la torche » Evans (Mace), Rose Byrne (Cassie), Michelle Yeoh (Corazon), Cliff Curtis (Searle), Troy Garity (Harvey), Hiroyuki Sanada (Kaneda), Benedict Wong (Trey), Mark Strong (Pinbacker)

Fox/DNA 2007



Dans le paysage cinématographique contemporain, Danny Boyle est un réalisateur sur lequel je garde un œil attentif depuis Petits meurtres entre amis (1994).

Aux vues des échos lamentables qui suivirent la sortie de La Plage, j’avoue avoir longtemps boudé ce film, avant de me décidé à me faire ma propre idée. Depuis, je suis certainement une des seules à défendre un minimum ce métrage, trouvant la lapidation publique qu’il a subit majoritairement injustifiée.

Car en plus de s’adjoindre des scénaristes qui sont loin d’être des manchots (John Hodge pour Petits meurtres, Trainspotting, Une vie moins ordinaire, La Plage… d’après l’œuvre d’Alex Garland qui lui signe le scénario de 28 Jours plus tard et de Sunshine), Boyle est loin d’être un tâcheron avec une caméra dans les mains et nous offre des scènes d’une inventivité et d’une efficacité à toute épreuve (la scène « jeu vidéo style » de la Plage par exemple et la plupart des plans de 28 Jours plus tard)


Et puis, bien entendu, il y a eu 28 Jours plus tard et toute la jubilation que ce film peut m’apporter à chaque visionnage…


Bref, vous l’aurez compris, quand je m’apprête à regarder un film de Boyle, j’ouvre grand mes yeux et mes radars cinématographiques pour me délecter du spectacle à venir et tenter d’imbriquer toutes les pièces du puzzle au fil du visionnage (la réalisation, le scénario, les messages, l’interprétation, les parties pris, le bon qui se lie au mauvais… tout m’intéresse !)

Or, je n’étais pas à jour de ma « Boyle filmo », puisque je n’avais pas encore vu Sunshine (que j’attendais pourtant… mais bon, on a tous des ratés dans notre planning)

C’est désormais chose faite, donc… je peux en parler !!



Le pitch :

2057, la Terre se meurt car le Soleil est en train de s’éteindre. L’équipage d’Icarus I, mission de sauvetage envoyée dans l’espace 7 ans plus tôt, a disparut corps et bien sans achevé son voyage.

Icarus II est donc envoyé dans l’espace avec à son bord une équipe de 8 astronautes et scientifiques qui ont pour mission de larguer une bombe au cœur de l’astre solaire afin de le rebooster.

Ces hommes et femmes tiennent l’avenir de l’humanité entre leurs mains et la mission ne peut pas se permettre d’être un échec.

Alors que les communications avec la Terre sont coupées, l’équipage intercepte la balise de détresse d’Icarus I, leur malheureux prédécesseur.

Une décision malheureuse et un enchaînement de problèmes techniques et d’avaries, oblige l’équipage à partir à la rencontre de la navette perdue.

Qu’est-ce qui les attend sur ce navire fantôme ? Parviendront-ils à mener à bien leur mission ? Survivront-ils ?


Je n’en dirais pas plus pour l’instant…


La première partie du film, qui en constitue à peu près les 2/3, se classe dans la lignée des bons films de SF et en reprend volontiers les codes… notamment visuels (profondeur de champ dans les couloirs du vaisseau vs sentiment d’enfermement, par exemple). C’est l’occasion pour Boyle d’explorer la psychologie de ses personnages (le noble commandant, le psychologue bien psychosé, le bad boy qui pète les plombs, le gentil scientifique…) et de placer les bases de sa réflexion métaphysique (à travers la fascination de certains des membres de l’équipage pour l’astre solaire… symbole divin appuyé).


Côté image, aucun doute, le spectateur se régale ! La lumière dorée du soleil est juste magnifique !


Puis, de manière assez classique dans le genre, également, les ennuis techniques déboulent… le grain de sable dans la machine… la panne dans le vaisseau !

L’angoisse s’installe, la mission est prioritaire, elle doit être menée à bien…


Là encore, de belles trouvailles (le bouclier thermique, les combinaisons dorées à faire pâlir d’envie les protagonistes de 2001), notamment l’idée d’une caméra embarquée dans les combinaisons spatiales, véritable épreuve de proximité, de claustrophobie et d’angoisse pour le spectateur ! Et c’est tout particulièrement efficace quand on est embarqué dans une combi avec Cillian Murphy qui prouve, une fois encore, qu’il est un putain d’acteur (servi par une gueule vraiment étrange et magnétique… je n’arrive toujours pas à me décider : est-il terriblement laid ou incroyablement beau, ou vice-versa ?)



La machine s’enclenche alors. Les prises de décisions doivent être rapides, le rythme s’accélère (l’angoisse aussi), la course contre la montre est lancée pour tenter de mener la mission à son terme « coûte que coûte »… quitte à ne pas y survivre !

Et le dernier tiers du film arrive… et avec lui, on bascule sans crier gare dans l’horreur et le survival (yeah !)


Bien entendu, la caméra suit, se lançant dans des trouvailles et des prouesses (pas toujours facile à suivre pour l’œil et le cerveau, il faut bien l’avouer… mais on s’en tape, c’est sublime !!), magnifiant le sentiment d’urgence et d’angoisse, de chaos et de folie.

L’expérience des infectés de 28 jours a laissé des séquelles visuelles à Boyle et… c’est tant mieux !



Le scénario est encore une fois signé Alex Garland et on y retrouve sans conteste des thèmes chers à son cœur : l’enfermement, le groupe, l’élément perturbateur qui amène la chute, la folie…

On pense à des canons du genre, 2001, Solaris (de Tarkowski), Alien… les hommages sont là, mais digérés et non bêtement calqués.


Sunshine est un film troublant, riche, presque fatiguant tant le spectateur y est sollicité dans la seconde partie du film (à commencer par ses yeux et ses neurones)… mais à n’en pas douter réussi !




Bande annonce et extraits :


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dimanche 11 octobre 2009

L'OVNI cinématographique

L’Homme qui venait d’ailleurs

(The Man who fell to Earth)

Nicolas Roeg (1976)

Avec : David Bowie (Thomas Jerome Newton), Rip Torn (Nathan Bryce), Candy Clark (Mary-Lou)









Il est des films qui ne ressemblent à aucun autre et sur lesquels les modes ou les époques ne semblent avoir aucune prise. L'Homme qui venait d'ailleurs (The Man who fell to Earth), réalisé par Nicolas Roeg en 1976, est justement de ceux-là...


Si le réalisateur avait tout d'abord pensé à l'auteur Michael Crichton (sic ! ) pour interpréter le rôle de l'extra-terrestre/Thomas, il échoit finalement à David Bowie et on a envie de dire "HEUREUSEMENT !!!!!"

En 1976, la rock star, icône du glam est à l'apogée de sa carrière et de son étrange beauté. Il vient d'achever l'album Young Americans, laissant ainsi les spectres de Ziggy et du Thin White Duck derrière lui et alors que Station to Station sort la même année que ce film, il s'apprête à entamer sa "période berlinoise" avec Low (sur la pochette duquel, il arborera le même look que dans le film) et Heroes.

Personnalité caméléon et insaisissable, il est l'homme rêvé pour interpréter cet extra-terrestre qui vient sur Terre pour chercher l'eau qui manque à sa planète et ainsi sauver sa femme et ses enfants qui attendront en vain son retour.

C'est en observateur naïf, blasé et passif qu'il découvrira la folie humaine et en subira les conséquences... en étant tour à tour victime de la consommation, puis cobaye scientifique.



David Bowie est l'élément primordial de ce film, car c'est à travers ses yeux d'étranger que la critique de la société et de la nature humaine prend toute sa valeur. La perversion humaine arrive peu à peu à détourner ce grand naïf d'un but pourtant vital (sauver sa famille de la mort) et son jeu et sa personnalité qui irradie à l'écran confèrent encore plus de cruauté aux propos du film. L'être exceptionnel au but louable se laisse peut à peu pervertir par la sex, drug and rock'n'roll attitude ambiante et se perd à tout jamais en perdant un instant de vue sa mission.... l'opposition entre l'eau (le but : l'élément naturel et vital) et le pouvoir (le faux pas : l'élément qui pervertit l'âme humaine) achève de brosser la critique acide et scinde le film en plusieurs scènes antinomiques qui se font écho (Bowie se délectant de l'eau en observant naïvement la richesse du paysage vs Bowie buvant du champagne à même le canon d'un flingue avant une orgie).



Bowie ! Oui, on ne peut revenir qu'à lui, tant le film lui correspond et permet de mettre en abîme une personnalité (tout du moins à cette époque) totalement incernable. Expert dans l'art de la mystification (et du marketing musical avant l'heure), il a tenté durant toute sa carrière de brouiller les pistes pour mieux construire une légende. Et c'est le clone du Ziggy désabusé des Spiders from Mars que l'on voit évoluer à l'écran, malgré nous. Les mèches rousses ont poussé et tombent (délicieusement ) sur les yeux, les tenus sont plus discrètes (voir totalement inexistantes, puisqu'il est souvent à poil), mais la tendance à l'auto destruction du personnage est bien là. Et Nicolas Roeg ne se gêne pas pour filmer très crûment la déchéance d'E.T. Que ce soit à travers les paysages, magnifiques, au début du film ou lors de la semi-captivité outrageusement décadente de Thomas, la caméra n'épargne ni les comédiens, ni les spectateurs. La mise à nu de la critique est d'ailleurs magnifiquement symbolisée par le "dépouillage" de Bowie qui, enlevant tous les atours qui lui permettent de se faire passer pour un humain, veut se montrer tel qu'il est réellement à sa compagne humaine. La réaction de cette dernière ne laisse aucun doute sur le propos du film : la vérité toute nue fait peur à s’en pisser dessus.

Mais par contre, L'Homme qui venait d'ailleurs fascine... hors du temps et de la critique… donc, indémodable.

jeudi 8 octobre 2009

Et Cassavetes créa Mabel

Une Femme sous influence

(A Woman under the influence)

John Cassavetes (1974)

Avec : Gena Rowlands, Peter Falk, Fred Draper, Lady Rowlands, Katherine Cassavetes...






Je vais tenter de vous parler de ce que je considère comme un des plus beaux rôles de femme jamais vu à l'écran !

Ceci dit, l'expérience est périlleuse...

Comment parle-t-on d'un film qu'on aime au delà de tous les mots ?

Comment parle-t-on d'un film qu'on porte aux nues ?

Comment parle-t-on d'un réalisateur qu'on admire au delà de tout et d'une actrice (qui est aussi sa femme) qui livre ici une interprétation à couper le souffle ?

Délicat hein ?

Oui, moi aussi je me demande comment j'ai pu me fourrer volontairement dans un pareil pétrin !

La meilleure solution pour vous parler de ce chef d'oeuvre, serait sans doute de vous dire de vous ruer chez votre vendeur de DVD le plus proche, d'acquérir en urgence cette merveille, de rentrer chez vous en courant, de décrocher le téléphone, de fermer les portes à clef, de n'y être pour personne et... de placer le DVD dans le lecteur pour vivre une des plus belles expériences cinématographiques de votre vie.

(D'ailleurs, je suis à deux doigts d'arrêter là mon article et de vous proposer cette solution... )


Mais comme j'aime le risque (yeah !) je vais tenter l'impossible... vous donner un avant goût du paradis, certes bien fade, en vous racontant une petite histoire.

Alors, il était une fois...

Mabel (Gena Rowlands) est une maman et une épouse en apparence comblée. Son mari Nick (Peter Falk), un homme simple, l'aime malgré la douce folie qui la caractérise.

Mais Mabel a de plus en plus de mal à trouver sa place de femme et elle sombre lentement dans une forme de folie que son mari n'arrive plus à accepter.

Enjouée et ne se trouvant un rôle motivant que dans le plaisir qu'elle peut apporter aux autres, Mabel commence à en faire trop, mettant ses voisins, son mari et les collègues de celui-ci mal à l'aise. Totalement perdue, elle tentera même de se retrouver dans les bras d'un homme ramassé au hasard d'une errance dans les bars, mais en vain....

Je ne vous raconte pas la suite... un film d'une telle beauté ne se dévoile pas jusqu'au bout. Il se découvre et se savoure.

A quoi tient la magie du film, mis à part à son histoire ?

Et bien, tout d'abord à la majestueuse interprétation de Gena Rowlands.

John Cassavetes, son mari, lui fait cadeau ici d'un rôle magnifique qu'il a tout spécialement écrit pour elle et elle campe une Maybel époustouflante.


Gena Rowlands a beaucoup travaillé sur ce personnage et lui a beaucoup apporté, à commencer par cette gestuelle parfois aussi drôle qu'émouvante. Quand Maybel est submergée par ses émotions, elle ne peut plus parler et se lance dans des gestes et des bruits saugrenus visant à montrer son mécontentement.

Là où n'importe qui d'autre aurait pu faire tourner ça au ridicule, Gena Rowlands ne fait que souligner un peu plus la différence de Maybel et son incapacité à communiquer avec un monde où la "normalité" est une valeur aussi rassurante que galvaudée.

Maybel/Gena est belle, même en robe de ménagère... Maybel/Gena est perdue et on est ému par sa détresse... Maybel/Gena est une douce-dingue et on sourit à ses excès... Maybel/Gena est hystérique et notre estomac se tord face au manque de compréhension ambiant.

Assurément un des plus beaux rôles de femme du cinéma... beaucoup d'actrices tueraient pour un rôle pareil !


Côté interprétation, il faut également saluer celle de Peter Falk.

Vous le connaissez en Columbo ?

Oubliez tout et révisez d'urgence votre copie !

Ce monsieur est un grand acteur. Il fait partie de "la famille Cassavetes" et le réalisateur l'a dirigé notamment dans l'excellent Husbands.

A noter également la participation de Lady Rowlands (la mère de Gena Rowlands) qui joue la mère de Mabel et celle de la mère de John Cassavetes, Katherine, qui joue la mère de Nick.



Mais la grande magie du film s'appelle aussi tout simplement John Cassavetes.

Artiste d'exception, ce film n'échappe pas à la règle de sa filmographie... il est fabuleusement habité par son immense talent.

Habitué à travailler avec sa famille d'acteurs, il réussit encore une fois ici à créer une ambiance unique... une ambiance emprunte d'un réalisme et d'un naturel dont lui seul a le secret.

Certaines scènes, bien que solidement quadrillées, sont improvisées. Celle du repas dans la cuisine où Mabel met les collègues de son mari mal à l'aise est un grand moment de cinéma !

Et à travers cette femme, qui est la sienne, Cassavetes s'interroge sur la normalité... sur la vision de la normalité par la société.

Maybel a-t-elle vraiment un comportement si condamnable alors que tout ce qu'elle recherche est de distiller le bonheur autour d'elle ?

Et je ne peux m'empêcher de penser que Maybel nous rappelle aussi que la frontière entre normalité et folie est ténue et que personne n'est jamais à l'abris d'un faux pas.


Mais bien entendu, Cassavetes s'interroge aussi ici sur la place de la femme dans une société où elle doit assumer de multiples rôles : être une mère irréprochable, une épouse exemplaire, une parfaite voisine et, de surcroît, trouver sa place de femme au milieu de tout ça. Et c'est précisément cette essence même de sa personne que Maybel ne trouve plus.


Bref, en conclusion je répéterais encore et encore que Une Femme sous influence est un film formidable... un film comme on en voit peu... un film que je ne peux pas ne pas revisionner régulièrement.

Ce film fait certainement un peu parti de moi et caractérise aussi sans doute grandement tout ce que j'aime dans le cinéma : le cinéma comme vecteur de réflexion et d'émotions.

A voir d'urgence... faites-moi confiance, faites-vous plaisir... ouvrez grand votre âme et savourez...




samedi 3 octobre 2009

Sam ou l’infernale légèreté de l’art



Drag me to Hell (Jusqu’en Enfer) – Sam Raimi - 2009



Quand Sam Raimi réalise un film, quelque soit le genre pour lequel il opte, il s’applique à créer une ambiance, en ayant totalement conscience qu’un public va, à un moment donné, être assis dans une salle et « recevoir » son œuvre.



Il ne perd jamais de vue les bases fondamentales du cinéma, à savoir que le cinéma est avant tout un pacte passé entre le réalisateur et son spectateur. Un réalisateur nous dit finalement quelque chose de très simple : « Je vais te montrer une histoire. Peu importe qu’elle soit crédible ou pas, car qu’importe les efforts que je ferai pour la rendre réelle, ce ne sera jamais que de la fiction. Mais malgré ça… tu vas y croire ! »

Oui, ce contrat d’une évidence confondante est LA base incontournable de n’importe quel film. C’est aussi l’invariable de l’équation dont le résultat sera, selon les cas : ça marche / ça ne marche pas.
Et on remarque en effet, que bien souvent quand on n’apprécie pas un film, c’est tout d’abord parce que ce contrat n’est pas rempli.
Bien entendu, ce contrat est une grande commode à multiples tiroirs : le cadrage, le montage, le jeu d’acteur, le scénario, etc. Mais, c’est avant tout un contrat qui se doit d’être tenu si on veut réussir son film.
Or, Sam Raimi est, pour moi, l’image même du type qui fait tout pour remplir ce contrat passé avec moi (et avec nous tous). Lorsqu’on décortique un de ses films, il est évident qu’il a toujours en tête la manière dont ses images, sa bande son, son histoire ou encore son ambiance vont être reçus par son spectateur. Et, au final, Sam Raimi possède la grande classe de nous donner la position du Roi.
Vous l’aurez compris, en ce qui me concerne, Sam Raimi fait partie du cercle relativement fermé de ces réalisateurs qui sont plus que des noms au générique et qui déboulent à chaque fois avec le packaging complet, à savoir leur filmo encore bien fraîche dans ma mémoire, leur bio et anecdotes relativement inséparables de leurs œuvres, leurs influences (avouées ou pas), leurs obsessions récurrentes dans chaque métrage…
Je n’ai donc pas abordé le visionnage de Drag me to Hell comme une jeune vierge effarouchée, mais comme une réelle admiratrice du grand Sam, comme quelqu’un dont la tête est remplie de mille associations d’idées rien qu’en lisant son nom : Evil Dead monté par une bande de copains d’à peine 20 ans avec trois bouts de chandelle, un culot monstre, une grosse dose d’inconscience, une fraîcheur encore toute juvénile et un budget risible… un tournage désorganisé et catastrophique… la bande de joyeux lurons qui s’écroulaient ivres morts ou raides défoncés quasiment tous les soirs sur le plateau de tournage et dormaient à même le sol le temps de cuver… un type qui s’offre le luxe en guise de second film de faire le remake du premier en le faisant passer pour la suite… un grand fan de burlesque et particulièrement des Three Stooges (précurseurs américains du vaudeville) qui a du mal à imaginer un de ses films de genre (peu importe le genre) sans hommages à ses premières amours… un as du cadrage et du montage et un des rares réalisateurs actuels à être capable de garder une scène d’action LISIBLE tout en étant ultra rythmée (Brett Ratner, je te conchie)… l’auteur du fantastique Intuition, du très prenant Un Plan Simple… mais aussi le producteur de l’improbable Xena la Guerrière, qui revient à ses amours kitscho-fantastico-costumés avec Legend of the Seeker et, bien entendu, le gars super futé qui a réussi à faire croire au tout Hollywood qu’il réalisait un blockbuster avec Spider-Man, là où on se retrouve quasiment avec un film d’auteur et, en tous cas, une des rares adaptations de comic book (avec les Batman de Burton) réussie et intelligente (et ne venait pas argumenter en me parlant de X-Men, c’est peine perdue)
Bref, Sam Raimi, c’est du lourd… et lorsqu’il revient au fantastique, j’en ai forcément la bave au coin des lèvres.
Je ne ferai pas un résumé complet de Drag me to Hell, vous n’avez qu’à le regarder ou alors lire le pitch (réducteur, comme toujours) sur n’importe quel site ciné générique.
Je me contenterai de dire qu’il s’agit de l’histoire d’une malédiction… au même titre qu’Evil Dead, bien entendu. Mais alors que dans Evil Dead nous avions à faire à une malédiction « champêtre », Drag me to Hell met en scène une malédiction urbaine, caractérisée par le statut de la victime et la situation de départ. Et oui, Sam et son frère Ted Raimi (auteurs du scénario et complices cinématographiques de toujours), on un sens de l’humour et du burlesque toujours présent et leur héroïne est une employée de banque qui a le malheur de refuser un prêt à une vieille gitane. Certes, sur le papier, les faits prêtent largement à rire car le choc de deux mondes aussi étrangers que le secteur bancaire et l’ancestrale magie gitane est assez improbable.
Là où, dans Evil Dead, la concrétisation de la malédiction prenait racine (beau jeu de mot) dans la Nature de manière somme toute très « classique » et traditionnelle pour la conscience collective du fantastique, portant en elle toutes les images qui vont du Dieu Pan au culte druidique, Drag me to Hell s’ancre dans l’improbabilité d’un surnaturel pouvant toucher une société moderne, froide et sans affectes symbolisée par ce qu’elle a de plus terre à terre et exempt de la moindre magie : le prêt bancaire !
Alors certes, de but en blanc, cela peut largement faire sourire, mais l’idée est loin d’être aussi légère qu’elle peut le paraître et la critique d’une certaine « magie perdue » est largement sous-jacente.
Mais par ce prédicat, Sam Raimi s’inscrit également dans une lignée du fantastique qu’il affectionne (là, je m’avance, mais cela me paraît totalement évident), à savoir l’incursion du fantastique dans un univers banal et très ancré dans la réalité. Quoi de plus effrayant que le petit quelque chose qui dérape là où on ne l’aurait jamais imaginé et l’enfer qui se déchaine sur des personnages plus occupés par le concret (une promotion à obtenir, par exemple) que le spirituel ?
Et l’enfer qui se déchaine… Sam, ça le connait !
Contrairement à tous ces réalisateurs tellement occupés à faire « monter l’ambiance » qu’ils en sapent d’avance tous leurs effets, Raimi se régale et plonge la tête la première dans l’action horrifique : c’est bien de mettre les choses en place, mais le spectateur n’est pas totalement débile, peut comprendre en 5mn les tenants et aboutissants et « vas-y pépère, prend-toi ça dans la face »… au même rythme que l’héroïne qui, contrairement à nous la pauvre, ne se contente pas de s’en prendre plein la poire, mais s’en prend également plein la bouche, avec un large éventail de matières plus répugnantes les unes que les autres… on a presque l’impression d’entendre les frères Raimi se marrer.
Oui, pour Sam le sadique l’enfer qui se déchaîne c’est aussi une grande fête de la joie et une franche rigolade qui doit agiter son spectateur d’effroi autant que de rire.
Recette déjà largement gagnante dans la trilogie Evil Dead (la scène du fou rire hystérique de Ash avec ses meubles est quand même la chose la plus drôle que j’ai jamais visionné de ma vie !), on aurait été quand même ultra déçu de ne pas avoir notre dose de Three Stooges à la sauce Romero !
Soyez rassurés, on sait désormais que quand on est attaqué par une vieille gitane maléfique pleine de dents et totalement indécrochable de notre blonde chevelure, on peut largement la dissuader à coups d’agrafeuse dans la tronche. Certes, c’est moins spectaculaire qu’une tronçonneuse greffée à la place d’un bras, mais ça reste efficace quand on n’a que ça sous la main.
En somme, Sam Raimi reste horrifiquement fidèle à lui-même : les visages sont monstrueux, les enfants et les animaux tués et ses héros sont, quoiqu’ils fassent, d’indécrottables losers.
Drag me to Hell n’est pourtant pas un film d’horreur. C’est un film fantastique avec des scènes horrifiques. Certes, la nuance peut paraître chichiteuse, mais elle offre l’occasion à Sam Raimi de rendre des hommages à son héritage fantastique qui s’avère être du meilleur goût. Les hommages sont nombreux et parfois même subtiles, mais témoignent, encore une fois, de la richesse culturelle et intellectuelle du réalisateur. Les ombres sur les murs et la bête cornue est une référence évidente à l’œuvre de Jacques Tourneur (et plus particulièrement La Féline ou Rendez-vous avec la peur) tandis que la bande son, la présence et les coups derrière la porte close et les craquements de la vieille maison renvoie à une œuvre maîtresse du fantastique : La Maison du Diable de Robert Wise. Autant dire, qu’on a à faire à la crème de la crème côté références fantastiques du monsieur et, encore une fois, à un paradoxe fort intéressant : le culte du non-vu référentielle vs l’amour immodéré pour les tronches de zombies et la frayeur visuelle. Et l’alliance du « voir » et du « ressentir » s’entrechoquent avec des moments de grandes réussites (pas toujours… mais quand ça fonctionne on prend des décharges d’adrénaline plutôt efficaces) Et le spectateur reste tétanisé parce qu’il n’a fait qu’entrevoir une fraction de seconde… fraction de seconde bien suffisante pour hérisser tous les poils de son petit corps et nouer efficacement son estomac.
Ce roublard de Sam se permet même de se rendre hommage à lui-même avec une scène entière (rien que ça) en référence à la célèbrissime affiche du premier Evil Dead ! (Auto-hommage auquel il avait déjà eu recours dans Spider-Man 2)
Alors certes, Drag me to Hell n’est pas le meilleur film fantastique de tous les temps, ni le meilleur film de Sam Raimi. Le scénario est minimaliste (mais on s’en fout, le but du film n’est pas de prendre la tournure d’un traité de philosophie), le jeu de l’héroïne est minimaliste (mais on s’en fout, elle est là pour s’en prendre plein la poire) et l’histoire se résume à « elle est maudite et a 3 jours pour tenter de s’en sortir »… mais oui, on s’en fout, car le contrat est respecté : « je vais te raconter une histoire et… tu vas y croire ! »
Et Raimi nous raconte une histoire en nous rappelant sans cesse que la frontière entre les genres est ténue et que le fantastique a quelque chose de grotesque au même titre que le burlesque. Ce sont deux genres particuliers où tout est, par définition, outré et les mêler, en plus d’être totalement « Raimien » est une façon assez singulière d’interpeller nos affects. Et à ce jeu, un maître comme Sam Raimi sort gagnant, nous faisant découvrir que le rire n’annihile pas pour autant la peur.
Il pousse avec brio le spectateur dans ses propres retranchements et distille une peur brute et franche comme on nous en donne, finalement, assez rarement à voir au cinéma.

Et, en ce qui me concerne, cher Monsieur Raimi, le contrat est brillamment honoré. Vous m’avez donné à voir une histoire en laquelle j’ai cru et vous m’avez peur… assez peur pour que je décide d’arrêter le visionnage de votre film au bout d’une demi-heure, parce que j’ai compris qu’à force de me prendre des décharges de peur primale dans tout le corps, je n’allais pas pouvoir trouver le sommeil et que j’ai préféré remettre la suite au lendemain matin.
Bravo ! C’est RARISSIME ! Et ça m’a permis de voir que le film était aussi très efficace au petit-déj.
Ames sensibles, abstenez-vous. Amoureux du fantastique… tremblez plaisir !

Et, cerise sur le gâteau, j’ai même trouvé de quoi appuyer mon analyse quant aux références du film, APRES avoir écrit mon texte. Merci Sam de coroborer mes dires… c’est vraiment trop gentil, on est vraiment fait pour s’entendre.



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Ou

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18892432.html